New Study: Childcare Remains a Challenge for Families in Cambodia

25 Sep, 2026

Trouver une solution sûre, professionnelle et abordable pour faire garder son bébé reste un vrai casse-tête au Cambodge. Entre février et mai 2026, Planète Enfants & Développement a mené une étude à Phnom Penh et à Siem Reap pour dresser un état des lieux clair de la situation, avec le soutien de CAPRED (le programme de partenariat Cambodge-Australie pour un développement économique résilient) et de la Fondation Sancta Devota. Les besoins sont immenses, mais l’offre reste rare, chère et inégale.

Un pays qui bouge, des enfants qui restent souvent à la maison

Des enfants qui jouent dans une crèche au Cambodge

Les usines tournent, les mères travaillent de plus en plus, et pourtant à peine plus de 3 enfants de moins de trois ans sur 100 sont inscrits dans une structure de garde formelle. La plupart des familles se débrouillent autrement : grands-parents, grandes sœurs, voisins. Une solution qui dépanne, mais qui n’offre pas toujours la sécurité, l’éveil et le suivi dont un tout-petit a besoin.
Les crèches privées et celles installées dans les usines existent, mais elles sont concentrées à Phnom Penh. Dans les provinces, elles sont quasiment absentes.
C’est dans ce contexte que nous avons développé, entre 2020 et 2023, un modèle de crèches de proximité aujourd’hui reconnu par le ministère de l’Éducation : 13 structures fonctionnent déjà à Kampong Speu et Kampong Cham.

Des lois qui existent, mais peu appliquées

Le Cambodge n’a pas attendu 2026 pour légiférer. La Constitution elle-même prévoit que l’État aide les mères et les enfants. Le Code du travail impose depuis 1997 aux entreprises de plus de 100 ouvrières et ouvriers de proposer une solution de garde. Un texte réglementaire récent, le Sous-décret n°254, fixe même des normes minimales : espaces adaptés, un adulte pour six enfants environ, hygiène, sécurité…
Mais sur le terrain, beaucoup d’employeurs préfèrent verser une petite allocation plutôt que d’ouvrir une vraie crèche. Cette allocation dépasse rarement 20 dollars par mois, largement insuffisante pour couvrir les frais réels de garde.

Pourquoi si peu de crèches, malgré la loi ?

Les patrons d’usine que nous avons interrogés citent plusieurs freins : les coûts de construction et de fonctionnement, le manque d’accompagnement technique pour se lancer, et surtout la difficulté à recruter du personnel qualifié. Il n’existe aujourd’hui aucune formation ni certification reconnue pour devenir auxiliaire de puériculture au Cambodge. La plupart des personnes recrutées apprennent sur le tas, en une à deux journées de formation, avant de s’occuper des enfants.
Les salaires sont bas, entre 200 et 500 dollars par mois selon les structures, ce qui n’aide pas à attirer et fidéliser du personnel motivé.
Du côté des parents, la confiance manque aussi. Beaucoup préfèrent laisser leur enfant à un proche plutôt qu’à un ou une inconnue, même formé.e. Le transport pose également problème : quand on dépend d’un transport collectif inconfortable pour aller à l’usine, il est difficile d’y emmener son enfant.

 

Quand la garde d’enfants devient bonne pour les affaires

Des enfants qui dessinent dans une crèche au Cambodge

Le point le plus intéressant de notre étude, c’est que la garde d’enfants n’est pas qu’une dépense sociale : c’est aussi rentable. Les cinq usines que nous avons interrogées ont toutes constaté des effets positifs sur leur résultat d’exploitation : moins de rotation de salariées, moins d’absences, une meilleure réputation auprès des acheteurs internationaux.
Le problème, c’est qu’aucune de ces usines ne mesure précisément ces gains. L’étude a donc dû s’appuyer sur des données nationales du secteur textile pour estimer les économies réalisées grâce à une crèche : moins de turnover, moins d’absentéisme. Résultat : selon les hypothèses retenues, une usine qui investit dans une crèche peut rentabiliser cet investissement en 4 à 10 ans.

Une étude de la Banque Mondiale* va plus loin : chaque dollar investi dans la garde d’enfants au Cambodge rapporterait jusqu’à 8 dollars de bénéfices économiques et sociaux, en comptant l’emploi, les revenus, la santé et le développement des enfants.

Ce que Planète Enfants & Développement propose :

Pour améliorer la situation, nous avançons plusieurs pistes :

  • Simplifier et faire respecter les règles, avec des visites de contrôle et un accompagnement concret pour les crèches.
  • Proposer des aides financières aux employeurs : subventions, allègements fiscaux, appui technique pour construire et équiper une crèche.
  • Former et reconnaître le métier d’auxiliaire Petite Enfance, avec un parcours de certification et un salaire décent (autour de 350-400 dollars par mois, jugé plus juste au vu des responsabilités).
  • Rassurer les parents, en communiquant sur les bénéfices d’une crèche bien tenue pour le développement de l’enfant.
  • Trouver des solutions au problème du transport, comme des bons à utiliser dans des crèches de proximité, ou des gardes à domicile encadrées et contrôlées.

Le Cambodge a posé les bases légales d’un système de garde d’enfants, mais il manque encore les moyens et les compétences pour le faire vivre partout dans le pays. Investir dans ce secteur profiterait autant aux enfants qu’aux familles, aux entreprises et à l’économie du pays dans son ensemble.

* Etude “Investing in Childcare: A Social and Economic Cost Benefit Analysis of Government and Employer-Supported Models in Cambodia” – 2026 – Groupe Banque Mondiale

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