Une deuxième session de formation sur les Violences Éducatives Ordinaires (VEO), animée par Nolwenn Deschard, notre experte en petite enfance, s’est tenue à Hô Chi Minh-Ville, au Vietnam. Elle a réuni 17 professionnels et accompagnants travaillant dans des écoles de charité et orphelinats. Alors que la première session visait à définir ces violences et à en prendre conscience, cette nouvelle étape s’est concentrée sur la déconstruction des habitudes et la recherche d’alternatives.
Décortiquer le quotidien pour faire autrement
Lors de la formation, les participants ont exposé leurs pratiques et leurs habitudes pour les décortiquer. Ils ont par exemple analysé des expressions comme « Thương cho roi cho vọt », un proverbe qui correspond au célèbre « qui aime bien châtie bien ».
Pour changer les comportements, il est indispensable d’identifier les situations de tous les jours et de les nommer. La formation s’est appuyée sur des outils très concrets :
- L’image du cerveau « rouge » et « vert » : sous l’effet du stress causé par des cris ou des menaces, une partie du cerveau de l’enfant (l’amygdale) s’active fortement et passe au « rouge ». L’enfant se met alors en mode « survie », ce qui l’empêche totalement de comprendre une consigne ou d’apprendre. À l’inverse, pour qu’un enfant puisse apprendre et coopérer, il a besoin d’un cerveau « vert », c’est-à-dire d’un environnement calme et sécurisant instauré par l’adulte.
- Des exercices pratiques : Les participants ont travaillé avec des jeux de cartes pour apprendre à transformer une réaction classique (menace, chantage) en une consigne positive et bienveillante, adaptée aux tout-petits.
Des prises de conscience et des défis à relever
Dans de nombreuses situations, nous constatons que les adultes n’ont pas assimilé certaines pratiques à de la violence et qu’ils pensent sincèrement bien faire pour éduquer l’enfant. La formation rappelle un point essentiel : utiliser des moyens comme les cris, la menace ou l’humiliation, même au nom de l’éducation, reste de la violence. L’objectif n’est donc pas de pointer du doigt une pratique, mais bien de regarder les choses à travers les besoins, développement et les effets que ces pratiques ont sur l’enfant.
Les résultats de cette nouvelle session de formation sont encourageants quant aux prises de conscience.
Cependant, le passage à la pratique et l’abandon des vieux réflexes demandent du temps. Certains adultes ont témoigné avec honnêteté de leur difficulté à changer un système tout entier. Il reste en effet parfois très compliqué de garder le contrôle de ses propres émotions dans certaines situations tendues, notamment lors des repas (où les adultes ont le réflexe de forcer l’enfant à finir son assiette au nom de son “bien”) ou face à un enfant qui n’écoute pas.
Un sujet universel
Ces témoignages et ces difficultés nous rappellent à quel point le sujet des Violences Éducatives Ordinaires est universel. La difficulté à changer de regard n’a pas de frontières.
En France, par exemple, il a fallu attendre la loi de 2019 pour que les VEO soient officiellement interdites. Historiquement, beaucoup de parents considèrent que l’éducation relève strictement de la sphère privée, de l’intimité du foyer, et revendiquent que cela ne regarde qu’eux. De nombreux parents se retrouvent souvent seuls : comment faire pour se faire obéir autrement ? Sans réponses concrètes, sans explications sur le développement naturel de l’enfant et sans professionnels pour les guider au quotidien, des familles se retrouvent démunies pour remplacer la punition par l’accompagnement.
Heureusement, ce constat n’est pas une fatalité et les lignes bougent. C’est précisément là que réside toute l’importance d’un accompagnement durable et structuré. Grâce à des formations concrètes comme celles de Nolwenn, mises en place sur le terrain par Planète Enfants & Développement, les choses peuvent réellement évoluer. En donnant aux professionnels et aux familles des clés compréhensibles pour décoder les émotions des enfants et désamorcer les conflits, ces initiatives permettent de transformer petit à petit les réflexes éducatifs. C’est par ce travail de sensibilisation et de transmission que l’on peut enfin offrir aux enfants un cadre sécurisant, indispensable à leur plein épanouissement.