A l’occasion de la journée internationale de l’éducation le 25 janvier, Dah Gilbert, Chargé de mission Petite Enfance au Burkina Faso, nous parle de l’éducation des tout-petits dans son pays en plein contexte Covid-19.

On sait que le 1er confinement a interrompu la scolarisation de plus de 20 millions d’enfants en maternelle en Afrique pendant 6 mois. Pendant cette période, des outils numériques ont été développés à travers le monde pour éviter le décrochage scolaire. Est-ce que cette innovation a fonctionné au Burkina Faso selon toi ? 

Des outils numériques existaient déjà au Burkina Faso avant la pandémie, pour soutenir les élèves dans les zones à forts défis sécuritaire (terrorisme). Ce programme a été déployé plus largement pour toucher plus d’enfants. Les innovations reposent sur de l’enseignement par la télé et la radio. Mais aussi sur la création d’une plateforme numérique « Fasoéducation ». Mais disposer des équipements pour suivre l’enseignement à distance reste un défi. Les plus défavorisés n’ont pas forcement accès à un ordinateur, à l’électricité,  à internet.

Le Ministère de l’Éducation a globalement élaboré un plan de riposte et a notamment diffusé lors de la rentrée scolaire un plan de communication sur la Covid-19 pour les professeurs et les élèves de tous niveaux. On y explique la maladie, comment la prévenir et les mesures à adopter pour lutter contre sa propagation.

De notre côté, nous avons poursuivi notre projet Mémoire d’Éléphant dans 25 nouvelles écoles à l’Est du pays.  Avec ce projet, les enfants sont sensibilisés à l’importance de se laver les mains et disposent dans les écoles de dispositifs ludiques pour respecter ce geste barrière essentiel. Ils en parlent aussi à la maison, cela fait effet boule de neige. Aussi paradoxale que celui puisse paraître, l’ensemble du pays a tout de même réalisé un taux de succès au différents examens qui est nettement supérieur aux 2 précédentes années.


  • Et ces innovations, concernaient-elles aussi l’école maternelle au Burkina ?  Oui, des activités audio ont été pré-enregistrées pour les tout-petits et diffusées à la radio, ainsi que sur la plateforme numérique au profit des parents. Ils ont pu ainsi poursuivre avec leurs enfants des activités de langage causerie,  langage conte, pré-lecture ou encore d’éveil mathématiques.
  • Quel a été le rôle des enseignants au Burkina Faso, en maternelle et en primaire, pendant la période de fermeture des écoles ? Ce sont les enseignants qui ont préparé les cours et les émissions radio et télé. Sans eux, cela n’aurait pas été possible.C’est aussi la mobilisation de tous les enseignants qui a permis d’assurer la tenue des examens en fin d’année scolaire et la reprise des cours en plus petits groupes, afin de respecter les mesures barrières. 
  • Doit-on rassurer les parents burkinabé ou encore les convaincre pour qu’ils scolarisent de nouveau leurs enfants ? Oui avec un taux de préscolarisation de 5,2% en 2019, il est indéniable que diverses actions doivent être menées pour améliorer la scolarisation des enfants en maternelle.
  • Et demain : penses-tu que cette crise va sacrifier des générations de petits écoliers au Burkina Faso ? Sacrifier, je n’espère pas… Mais cette crise aura peut-être un impact négatif sur la qualité des enseignements et le niveau général des élèves.

DAH Ollo Difrothey Gilbert est un expert de la Petite Enfance. Il a été inspecteur d’éducation de jeunes enfants avant de rejoindre l’association. Il est membre d’un groupe national, avec le Ministère de l’Éducation nationale, pour améliorer la qualité et la gouvernance de l’éducation pré-scolaire au Burkina Faso. Au travers de 2 projets, il a travaillé avec l’association sur la construction de 13 CEEP (Centres d’Eveil et d’Education Pré-scolaires = écoles maternelles), l’harmonisation de fiches pédagogiques et l’élaboration d’un guide méthodologique pour les enseignants, ainsi que la formation des comités de gestion des écoles).

19 janvier 2021